La Justice est une figure à forte charge symbolique, incarnée par une série d’éléments visuels et conceptuels. Parmi eux, Thémis, déesse grecque de l’ordre et de la loi, occupe une place centrale. Elle est généralement représentée tenant une balance de la justice dans une main, outil destiné à peser les arguments opposés. Le glaive dans l’autre main sert à trancher les différends avec rigueur. Le symbole de la justice se décline donc sous diverses formes. Quelles sont leurs significations ?
La balance de la justice : symbole de discernement et d’équité
Associée à la main gauche de la dame Justice, la balance symbolise l’évaluation minutieuse des faits et arguments. Cette représentation remonte aux rites anciens et à une tradition religieuse où l’on imagine une pesée des âmes. Ici, elle traduit l’équilibre entre les forces contradictoires. La balance incarne une justice impartiale, qui ne penche d’office ni d’un côté ni de l’autre.
Elle est aussi associée à la paix sociale, car trancher un conflit ne passe pas nécessairement par la force. Cela peut aussi reposer sur une conciliation des intérêts divergents. Cette image est souvent couplée au glaive de la justice. Elle rappelle que cette paix repose aussi sur l’autorité et la capacité de sanction. Au-delà de la symbolique, la réalité des procédures comme une assignation en justice se révèle.
Le glaive de la justice : force et autorité de la juridiction
Le glaive, dans l’iconographie judiciaire, trouve ses racines dans la mythologie grecque, comme attribut de Némésis, divinité de la vengeance. Il incarne la puissance répressive de la justice pénale : sans la force de l’exécution, les jugements restent lettre morte. Le glaive permet de sanctionner, et de faire respecter les décisions prises par les magistrats.
C’est de lui que vient l’expression bien connue de « bras armé de la justice ». Il représente le pouvoir judiciaire dans son aspect le plus ferme. Le tranchant de la décision met fin au litige par un acte souverain. Ce symbole de la justice représente aussi l’autorité judiciaire, garante du monopole légitime de la contrainte. La possibilité de divorcer sans avocat est d’ailleurs un exemple concret de procédure.
Le bandeau : l’impartialité élevée au rang de principe
Lorsque les yeux de Thémis sont couverts d’un bandeau, cela signifie qu’elle ne juge ni selon l’apparence ni selon le statut. Cette cécité volontaire évoque l’impartialité du juge, et l’idéal selon lequel toute juridiction doit rendre justice sans favoritisme. C’est l’origine de l’expression « la justice est aveugle ».
Pourtant, cette froideur apparente est nuancée par la notion d’équité. Elle permet parfois de lever symboliquement ce voile pour tenir compte des circonstances humaines. Ainsi :
- Le juge d’instruction ;
- Le tribunal correctionnel ;
- Les juridictions civiles ; interprètent la règle à la lumière de la situation réelle du justiciable selon le cas.
Les Tables de la Loi : symbole de la justice et socle de la légitimité législative

Issues des commandements bibliques, les Tables de la loi sont restées, après la Révolution, un symbole fort de l’autorité légitime. Elles illustrent l’idée d’une règle égale pour tous, sans privilèges ni injustice. Sur les frontons de certains palais de justice, elles évoquent la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, marquée sur des tables identiques. Ce rapprochement avec les textes sacrés manifeste la sacralisation républicaine du droit.
Le Conseil constitutionnel, tout comme la Cour de cassation, entretient encore aujourd’hui cette symbolique à travers leur architecture et leurs représentations.
La main : symbole de la justice monarchique d’un pouvoir judiciaire suprême
Avant la Révolution, la main de justice était brandie par les rois lors de leur sacre. Ils affirmaient ainsi leur détention du monopole de la justice divine. Chaque doigt avait sa signification :
- Le pouce pour le roi ;
- L’index pour la raison ;
- Le majeur pour la charité ;
- L’annulaire et l’auriculaire pour la croyance catholique.
Cette main gauche tenait un sceptre spécifique, et soulignait que le roi pouvait statuer sur toute affaire, sans appel. Bien que ce sceau ait disparu après 1792, il subsiste dans l’iconographie de certains bâtiments officiels comme l’Assemblée nationale.
Le genou dénudé : expression de clémence et d’humanité
Moins connue, l’image du genou dénudé fait référence à la piété et à la magnanimité du souverain. Se dévoiler ainsi était un geste fort, utilisé pour implorer la justice des puissants. À l’inverse, plier le genou signalait l’humilité du justiciable, demandant une rétribution mesurée. Cette posture symbolise donc un équilibre entre autorité et compréhension, entre rigueur et compassion.
Les animaux symboliques : force, prudence et vérité
Plusieurs figures animales enrichissent l’allégorie de la justice. Le serpent, souvent représenté rampant sur un miroir ou un bouclier, symbolise la prudence, une qualité indispensable dans les audiences. Il lie la sagesse à la quête de la véracité. Le lion, autre symbole de la justice, incarne la puissance du trône royal et l’énergie protectrice du pouvoir judiciaire. Il rappelle que toute décision judiciaire se soutient sur une institution judiciaire forte.
Les végétaux : mémoire des racines anciennes du tribunal

Les représentations anciennes de la justice incluent fréquemment le chêne, sous lequel Saint Louis rendait justice. Cet arbre sacré, pilier du monde dans de nombreuses cosmogonies, servait d’espace de rassemblement pour la délibération judiciaire. Il symbolise la relation entre le ciel, la vérité et la terre, le justiciable.
La pomme de pin, présente dans certains tribunaux de grande instance, évoque quant à elle la vérité révélée, liée au sceptre de Bacchus. Ces symboles végétaux ancrent la justice française dans un héritage vivant, à la croisée du sacré et du profane.







